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Anne Tesson. Deux cas particuliers de la francophonie en Amérique du Nord, le joual du Québec et le chiac du Nouveau-Brunswick.

mercredi 10 février 2021, par DOSIERE Sabine

Née au Québec, agrégée de Lettres modernes, professeure remplaçante au Collège Thiers. Co-auteure de scénarios de films documentaires ou de fiction avec le réalisateur Régis Sauder ("Nous, Princesses de Clèves"). Elle s’intéresse et se forme également à l’écopoétique.

Anne Tesson. Atelier du 15 janvier 2021.

En 1968, la première représentation de la pièce "Les Belles-Sœurs" de Michel Tremblay, écrite entièrement en joual, la langue des quartiers populaires de Montréal, fait l’effet d’une bombe. L’élite québécoise scandalisée refuse de se reconnaître dans ce mauvais français résultat de la domination anglaise et témoin des échecs de l’école.

L’année suivante, Michel Brault réalise "Éloge du chiac", un documentaire autour d’une jeune institutrice de Moncton qui réfléchit avec ses élèves à la spécificité de leur langue, un mélange de français et d’anglais ressenti comme une sous-langue, et aux possibilités de la sauvegarder. À travers des textes littéraires (Michel Tremblay, Jack Kerouac), des extraits de films (Michel Brault, Xavier Dolan) et des chansons (Robert Charlebois, Richard Desjardins, Alaclair ensemble, Lisa Leblanc, Radio Radio), cet atelier propose d’explorer deux cas particuliers de la francophonie en Amérique du Nord, le joual du Québec et le chiac du Nouveau-Brunswick.

Il s’agira de découvrir de façon pratique les propriétés de ces dialectes, leur histoire, les rapports d’amour-haine qu’ils entretiennent avec le « bon français » et l’anglais, et les enjeux de légitimité linguistique et culturelle qu’ils recouvrent.

Compte rendu des étudiants :

Cet atelier a fait l’unanimité auprès des élèves et pour cause ! Il a su réunir à la fois rire, sensibilité et réflexion. Il était plus que passionnant de découvrir une autre partie de notre littérature francophone.
En effet, les programmes étant encore bien trop centrés sur la littérature « de France », rares sont les élèves (pour ne pas dire qu’ils sont inexistants) qui avaient d’ores et déjà eu la chance d’étudier la littérature québécoise.

Ce dépaysement fut d’autant plus enrichissant qu’Anne Tesson a su avec brio nous faire découvrir une culture artistique riche et variée. Ne se contentant pas de la littérature, elle nous a emmené.es dans l’univers musical, cinématographique du Québec. Cet atelier a donc su faire appel littéralement à tous nos sens.

L’ouïe, tout d’abord, puisqu’il nous a fallu écouter l’accent québécois et découvrir ses variations, ce dernier étant comme un caméléon des émotions, il change de couleurs, ou plutôt de nuances selon l’état de l’énonciateur.

Ensuite, la vue : en découvrant l’extrait de « J’ai tué ma mère » de X. Dolan nous avons dû observer ce qui se passait entre les personnages, en deçà des mots, et comme le rapport de force entre un homme patron et une femme au foyer se joue même dans les gestes, dans le non-dit.

Enfin, j’oserais dire qu’Anne Tesson a su mobiliser notre goût puisqu’en découvrant des poèmes tel que « Speak White » ou encore des œuvres théâtrales telles que "Les Belles Sœurs", c’est une autre saveur que nous avons dégustée. Une saveur tout aussi acide qu’amère : le chœur des femmes était tout aussi comique que tragique, évoquant ce malheur propre au sexe féminin.

Pour ma part, je garderai dans mon cœur deux interrogations importantes posées dans cet atelier : la question de l’identité et celle de l’héritage. Comment allier mémoire et présent ? Que faire d’un passé si douloureux et si violent ? On sait qu’il ne faut pas l’oublier mais comment faire pour qu’il demeure en nous sans qu’il nous fasse sombrer dans la culpabilité et la haine ? La littérature peut être considérée comme un moyen de recueillir et d’unir toutes ces histoires même dans la violence, mais rappelons-nous bien — elle n’est pas le monde. Comme dirait S. « il est grand temps d’arrêter de vivre, et de commencer à croire en son destin » c’est-à-dire, à prendre une place dans les lignes de l’histoire.

 
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