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Pierre Manen. L’invention du “bon usage”

mardi 9 février 2021, par DOSIERE Sabine

Pierre Manen est maître de conférences en langue et littérature française du Moyen Âge à l’Université Jean Monnet de St-Etienne. Son domaine de recherche porte sur l’histoire du français et plus particulièrement sur la formation de son orthographe au Moyen Âge lorsque se constitue une norme pratique en dehors de toute réflexion théorique a priori sur ce sujet. Dernier article publié sur ce sujet : « L’étymologisme dans les graphies françaises du XIVème et XVème siècle : Un imaginaire impérial ? » dans "Signes, discours, sociétés", janvier 2018.

L’invention du « bon usage ». Conférence

Conférence du jeudi matin

Conférence du vendredi matin

Il faut un certain temps pour que le français, langue vernaculaire, soit conçue comme une langue dont on peut penser la régulation des usages : longtemps concurrencé par le latin dans les emplois sérieux de la langue – et en particulier à l’écrit – et aussi longtemps jugé indigne de toute description grammaticale (car la grammaire c’est la structure même du latin), le français ne semble accéder à la conscience des lettrés, et des grammairiens en particulier, qu’à partir du XIVème siècle, dans un mouvement qui excède assez vite sa simple description pour commencer à réfléchir à ce que J. Chaurand (1995) a appelé la « qualité de la langue ».

Cette pensée – où pointe peut-être le complexe d’infériorité originel du français par rapport au latin – deviendra un trait marquant de la grammaire française au point de donner naissance en 1936 au célèbre "Bon Usage" de Grevisse.

Mais cette grammaire du français est-elle finalement la simple continuation de ce mouvement ou bien son dernier soubresaut à un moment où le développement de la linguistique s’apprête à contester radicalement cette notion ?
De l’affirmation de Barthes lors de sa leçon inaugurale au Collège de France selon laquelle « la langue, comme performance de tout langage, n’est ni réactionnaire, ni progressiste ; elle est tout simplement : fasciste » à l’idée de glottophobie développée récemment par Ph. Blanchet (2016), la notion même de bon usage du français semble aujourd’hui disqualifiée, sans pour autant avoir disparu…au contraire : repensé à l’aune des enjeux linguistiques et sociaux contemporains, le bon usage de la langue se réinvente, moins surplombant, moins centraliste mais toujours bien présent.

Atelier

Le roman médiéval ; au paradis des dialectes avant la faute

A partir de plusieurs manuscrits du "Roman de Troie", on s’efforcera de mettre en évidence les phénomènes de variation graphique et ainsi de mettre en évidence la pluralité des normes linguistiques à l’œuvre dans un écrit médiéval.
En marge de ce travail, les étudiants seront invités à réfléchir aux principes de l’édition d’un texte manuscrit.

© BNF, France.

Compte-rendu du groupe

Cet atelier a été apprécié par les élèves qui y ont assisté. En effet, Lise, élève de Khâgne A/L en spécialité Anglais, admet avoir pris conscience de l’intérêt que pouvait finalement avoir une telle période historique que représente le Moyen-Âge.

Le rapport direct au texte, avec les détails historiques relatifs à diverses modifications phonétiques d’un même terme, toutes d’usage simultanément comme le révélaient les différents manuscrits du "Roman de Troyes" (encore écrit "troie", ou "Troie"), nous a permis de nous rendre compte de la grande plasticité que le (ou les) français du XIIème au XVème siècles présentait.
L’étude historique de la variation de mêmes termes a aussi su être appréciée lors de la lecture de manuscrits.

L’étude des processus de conception des manuscrits à cette période nous a intéressés. L’apport culturel sur les détails de production de tels manuscrits ont diversement été retenus par les participants de l’atelier : les étudiants ont reconnu l’intérêt qu’avait l’étude du support même des manuscrits (méthode de fabrication des parchemins, …), Simon (spécialiste Histoire-Géographie) a été particulièrement séduit par la démythification relative à la légende du « copiste infidèle ».

 
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