THIERS
Lycée
MARSEILLE - tél : 04-91-18-92-18
 

Jeudi 23 mars, villa Méditerranée : quand presse rime avec francophonie.

vendredi 31 mars 2017, par DOSIERE Sabine, SPIRE Nadia

JPEG - 21.7 ko

Notre projet en images :

Les échanges de la table ronde :

APERÇU DU DÉBAT
Plus de soixante dix élèves de seconde C et F ont pu rencontrer et interroger une douzaine de journalistes le 23 mars à la villa Méditerranée, pendant presque 2 heures de débat intense et de circulation de la parole.

JPEG

Le métier de journaliste : un métier à risques ?

D’après Bahati, Hibat et Rayenne, de Snde C :

« Pour Mustapha Benfodil, du journal El Watan en Algérie, Nadine Muhorakeye du Burundi et Trujillo Ernesto Concha de Colombie, il est difficile d’exercer son métier dans un pays hostile à la liberté d’expression. Tous les 3 ont été menacés d’emprisonnement et de mort. Au Burundi, la crise politique et le régime dictatorial ont contraint Nadine à la fuite et à l’exil en France. Aujourd’hui, elle ne peut plus pratiquer son engagement journalistique dans son propre pays. En Algérie, la décennie noire a réduit au silence de nombreux journalistes, victimes des attaques terroristes.
Ainsi, Mustapha raconte qu’en 1996, des terroristes ont placé une voiture piégée devant son lieu de travail, ce qui a provoqué la mort de ses collègues et la destruction du bâtiment qui abritait son journal. En Colombie, Ernesto Concha, lui, est mis en danger à cause d’une pression politique et d’une forte corruption. Dès lors qu’un journaliste désobéit, les politiciens l’accusent de terrorisme ou d’autre faits totalement faux pour qu’il ne puisse plus pratiquer son métier.
 »

« En France, si les risques ne sont pas physiques, il reste des conditions économiques difficiles pour de nombreux journalistes pigistes dans la précarité, comme l’explique Coralie Bonnefoy, correspondante à Marseille pour le quotidien La Croix. La pression économique est très forte pour les journaux français. Ainsi, pour Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi, mensuel satyrique de Marseille, cela fait 2 ans que son journal est en redressement judiciaire, comme La Marseillaise. Cela engendre une situation de stress permanent. De même, la dépendance économique peut jouer au niveau des subventions venant des collectivités territoriales. Quand le département finance un journal à travers ses publicités, cela peut conduire les journalistes à une forme d’autocensure, par exemple dans le cas de l’affaire Guérini, insiste Coralie. Enfin, pour Christophe Deroubaix du quotidien L’Humanité, le journaliste doit savoir prendre des risques intellectuels pour ne pas répéter éternellement les mêmes idées toutes faites. »

Vous avez dit « presse francophone » ?

D’après Inès, Sami, et Damien, de Snde F

La langue française a permis de réunir des journalistes venant d’Algérie, de Tunisie, du Burundi et de Colombie. Il y avait même des élèves et un professeur de français du Liban. Contrairement aux idées reçues, le français occupe une place primordiale dans la presse de ces pays. « Je n’ai jamais vu un journal en Kirundi » a déclaré l’intervenante, venue du Burundi. (Le Kirundi est un dialecte des pays voisins du Burundi). La situation au Burundi est chaotique : il y a eu plusieurs manifestations contre la représentation du dictateur actuel, réprimées par la force, ce qui n’a pas aidé les rédactions à publier et diffuser leurs tirages."

« C’est une fausse affirmation que de dire que le français est amené à disparaître dans les pays du Maghreb. C’est une langue qui reste encore très présente dans l’enseignement en Algérie. », a affirmé Mustafa Benfoudil, du journal El Watan.

D’autres journalistes comme Trujilo Ernesto Concha (Colombien) ont appris le français parce qu’ils ont dû s’exiler en France, la situation de la presse dans leur pays étant catastrophique. »

APERÇU DES ATELIERS


Lors des ateliers, des interviews, des compte-rendus, des unes et des dessins de presse ont été réalisés par les élèves réunis par groupes et encadrés par les journalistes.

EXTRAITS DE L’ATELIER INTERVIEW

Des visions différentes du métier.

1. Le métier de journaliste ?

« Pour être journaliste, il faut être curieux, aimer aller chercher les infos un peu partout, aimer rencontrer des gens et être intéressé par l’actualité bien sur. L’écriture étant omniprésente (et ce dans tous les médias différents) il faut aussi avoir le goût de l’écriture, et savoir relater les faits. »

Extrait de l’interview d’Anne-Sophie Chilard, journaliste à Phosphore depuis 4 ans , réalisé par Margot, Manel, Ryad et Salomé, en Snde C.

2. L’objectivité ?

«  Je ne pense pas que le journalisme soit objectif. Chaque journal a un point de vue éditorial sur des évènements. Je préfère parler d’honnêteté. L’honnêteté prime sur l’objectivité. El Watan se définit comme un contre-pouvoir. Ce n’est pas un journal d’opposition. Il n’appartient pas à un parti politique en particulier. J’aime dire que la vraie résistance, c’est la résistance par l’information, et non par la propagande (…) Mon but, c’est de faire du service public. Je suis au service des citoyens. L’intérêt général doit être au-dessus de l’intérêt du propriétaire du journal. Je reprends à mon compte la phrase du premier journaliste tué en Algérie, le 26 mai 1993, Tahar Djaout. Il disait : « Si tu parles, tu meurs, si tu ne parles pas, tu meurs, alors parles et meurs ! »  »

Extrait de l’interview de Mustapha Benfodil, journaliste à El Watan, réalisé par Ayman et Charles en 2F

3. L’engagement ?

« On ne nait pas journaliste, on le devient. Au Burundi, la radio est très écoutée. J’avais pris l’habitude de m’endormir avec elle. J’appelais de la maison pour répondre aux questions posées par les journalistes aux auditeurs. Je cherchais les réponses dans les livres. Un jour, après mon bac, j’ai répondu à un appel d’offre et j’ai été embauchée dans une radio privée. Puis, je suis venue en France pour passer mon diplôme de journalisme à l’école de Lille. Je l’ai eu, mais, je n’ai pas pu retourner au Burundi. En avril 2015, il y a eu une crise politique très grave. Ce pays est devenu une dictature. Les médias on été détruits. Ma vie est en danger là-bas. Je ne peux plus y retourner. La France est devenue une terre d’asile pour moi. J’ai écrit pour le magazine Jeune Afrique à Paris, pendant 2 mois, et dénoncé la politique dans mon pays. J’ai signé mes articles de mon propre nom. En dénonçant le régime totalitaire dans mon pays, je suis engagée personnellement et je ne peux plus revenir en arrière. »

Extrait de l’interview de Nadine Muhorakeye, journaliste au Burundi, réalisée par Inès, Martina, Hadjere, de 2F.

4. Un regard décalé ?

"J’aime porter un regard différent, revendiquer un autre son de cloche. Le métier de journaliste est symbole de liberté. On ne peut se contenter d’un seul point de vue, il faut multiplier les angles, et notamment ceux auxquels on n’est pas habitués, ceux qui rompent avec le discours dominant. Le journaliste doit s’engager, chercher, vérifier, quitte à passer à côté d’autres événements importants. Aujourd’hui, les étudiants ont tendance à être de plus en plus formatés dans les écoles de journalisme. Le même moule façonne les mêmes esprits. Or, si on pense tous la même chose, on ne pense plus. Pour entretenir un regard différent, dès le matin, j’ai toujours dans mon sac au moins deux quotidiens d’opinions différents. Avec les médias de masse et la course à l’information, il est nécessaire de prendre le temps de recouper, d’analyser l’information... "

Extrait de l’interview de Christophe Deroubaix, journaliste à L’Humanité

5. Les sources de l’information ?

« Pour récolter mes informations, je vais à la rencontre de personnes qui sont actrices de l’information : les témoins des événements peuvent raconter avec exactitude les faits et me faire part de leurs ressentis. Je recherche aussi des informations sur internet : je regarde par exemple ce que les journaux "Le Monde" ou "Le Figaro" disent sur leur site, je fais des recherches sur certains points (chiffres, nouvelles mesures…) en allant sur des sites officiels, comme celui du ministère de l’Éducation Nationale... J’utilise aussi les réseaux sociaux : je regarde ce que des personnalités ou des journaux ont twitté ou publié sur leur mur facebook. »

Extrait de l’interview d’Anne-Sophie Chilard, journaliste à Phosphore depuis 4 ans , réalisé par Margot, Manel, Ryad et Salomé en 2C

6. L’indépendance de la presse ?

"les moyens de communication en Colombie appartiennent à des groupes financiers qui détiennent le pouvoir économique. Evidemment, la liberté de la presse est limitée. Il y a beaucoup de corruption et de chantage de la part de ces groupes. les journalistes sont montrés du doigt et accusés de terrorrisme mais, la mission d’un journaliste est de combattre pour révéler la vérité.
La religion occupe une place très importante en Colombie et les politiques abusent de l’ignorance et de la foi du peuple pour les manipuler
."
Extrait de l’interview d’Ernesto Concha réalisée par Caroline, Clara, Amel, Nada, Juliette, de 2C

LES UNES DES ELEVES



L’ATELIER DESSIN DE PRESSE


 
Lycée THIERS – 5 place du Lycée - 13001 MARSEILLE - tél : 04-91-18-92-18 – Responsable de publication : M. Eric GALLO
Dernière mise à jour : jeudi 21 septembre 2017 – Tous droits réservés © 2008-2017, Académie d'Aix-Marseille